02.02.14 : Pas loin du rêve…
Tour final, "Hallenmasters" selon la dénomination officielle, nous (re)voilà! Pour la huitième année consécutive, les Grenat se qualifient pour les demi-finales. Les Genevois sont même très bien représentés cette année, puisque les Black Girls ont arraché leur ticket pour leur tout premier tour final lors de la dernière journée de LNA féminine.
Huit ans donc que le Servette HC se mêle à la course au titre du championnat indoor. Flashback: en 2006, c’est Michelle Mitchell qui amène une jeune équipe, épaulée par les "vieux" internationaux Thierry Grandchamp et Christian Cavallet, dans le top 4 pour son retour dans l’élite. Appliquée, courageuse et culottée, cette équipe écarte Rotweiss Wettingen aux tirs aux buts après un match extrêmement intense pour s’autoriser, une première fois, de rêver au titre. Face à eux, le Luzerner SC, aussi à la recherche d’un nouveau trophée, leur dernier succès remontant à 1972. Il faudra aller en prolongations pour définir un vainqueur, et ce jour-là, c’est Servette qui tire la courte paille. Mais qui repart avec la conviction que dès ce moment-là, il faudra compter sur lui, et que le titre est à portée de main. Las, le LSC, lancé par ce premier succès, s’imposera six fois supplémentaires de suite jusqu’en 2012. Le Servette HC, lui, ne passera plus le cap des demi-finales.
L’équipe de 2006, en argent. Vous les reconnaissez?
Retour à la saison 2013-2014. L’équipe de Pierre-Emmanuel Coppin se qualifie sans peine pour le grand week-end de fin de saison, avec des résultats probants: six victoires, trois nuls et une défaite seulement, face à Rotweiss Wettingen, ce qui lui permet de s’adjuger la seconde place. En demi-finale, un adversaire bien connu évidemment: Luzerner SC. Lieu des hostilités: Rankhofhalle à Bâle, une salle qui convient plutôt bien aux Grenat puisque c’est ici qu’ils ont préparé leurs saisons ces dernières années (aussi bien sportivement que socialement, bien sûr). "A la fin du match, il n’y aura ni excuse, ni justification." C’est sur ces mots du coach que les Servettiens font leur entrée dans l’arène et s’apprête à batailler pour une place en finale, l’objectif avoué de la saison. Les Grenat laissent certes l’initiative du jeu aux Lucernois, s’appuyant sur une défense très solide, mais c’est eux qui se montrent les plus dangereux en première mi-temps et qui alertent à plusieurs reprises le gardien Bühler, sans réussite toutefois. A la pause, le résultat est nul et vierge mais Servette sent qu’il est sur la bonne voie: l’énergie, l’application, le travail sur le terrain sont positifs, il ne reste plus qu’à trouver le chemin des buts. Cependant à la reprise, c’est le scénario inverse qui se produit et ce sont les Lucernois qui montrent l’exemple. Coup sur coup, les Verts prennent le large avec deux buts en deux minutes. Le coup d’assommoir, pensent certains dans les tribunes. Une superbe piqûre de réveil plutôt pour les Servettiens: moins d’une minute plus tard, l’écart est déjà diminué grâce à Gaël Wyss-Chodat, puis Servette revient à égalité avec une seconde réussite du jeune international. Lancés sur une telle dynamique, les Servettiens sont inarrêtables. Philippe Bernhard permet à l’équipe de prendre l’avantage sur corner court, avant que Gaël ne fasse le hattrick parfait pour mettre le SHC à l’abri. Enfin presque… Car le hockey en salle a cela de palpitant qu’un résultat peut très rapidement évoluer. A 50 secondes de la fin, Lucerne obtient et transforme un corner court qui leur redonne espoir (4:3). Mais Matthieu Gisin gère parfaitement les 15 dernières secondes de match et le Servette se qualifie, enfin, à nouveau pour la finale du championnat en salle!
Quelle belle victoire, quelle belle prestation d’équipe! Enfin, Servette semble être parvenu à associer au même moment les qualités nécessaires à la victoire: tactique, technique, physique et surtout mental. Cette réussite est savourée par tous, mais très rapidement tous les esprits se tournent vers la finale du lendemain et l’adversaire à battre pour décrocher le titre: Rotweiss Wettingen, victorieux de sa demi-finale face à HC Olten.
Les statistiques de la saison face au champion en titre sont bonnes: une courte défaite au terme d’un excellent match, et un nul décroché une semaine plus tôt lors du dernier tour. Le jeu argovien convient aux Genevois qui ont l’intention d’appliquer le même schéma que la veille: bétonner la défense et exploiter les erreurs adverses pour lancer des offensives. La première mi-temps est équilibrée, les équipes se cherchent et, une fois le stress initial d’une finale évacué, commencent à mettre les gardiens à contribution. C’est Nicky Böhnlein qui se tient ce jour dans les cages du Servette et ça n’a pas l’air de faire plaisir à ces anciens coéquipiers… En effet, sa prestation "XXL" maintiendra longtemps les Servettiens dans le match. En seconde période, les choses sérieuses commencent. A nouveau, les Grenat doivent concéder l’ouverture du score, sur un pénalty bien sévère. A nouveau toutefois, les Grenat réagissent juste, et la jouent comme à l’entraînement: sur un turnover lancé tambour battant par Arnaud Becuwe, Laurent Neri idéalement servi peut remettre les équipes à égalité. Le niveau de jeu est très élevé de part et d’autre, les gardiens font un travail remarquable et à tout moment une des deux équipes peut prendre un avantage déterminant. C’est Rotweiss qui inscrit le but suivant sur corner court, le seul domaine peut-être dans lequel les Grenat auront pêché ce jour-là. Mais sans corner, on a quand même toujours du cœur et c’est sur une phase à 5 contre 4 (gardien échangé avec un joueur), alors qu’il reste moins de trente secondes à jouer, que Dimitri Gisin prolonge les espoirs grenat en envoyant un superbe revers au fond des filets du gardien national. S’il avait fallu tirer un bilan de la saison à ce moment-là, on aurait pu dire que ce match était le résultat même du gros travail fourni tout au long de l’hiver: importance des placements défensifs, travail sur les turnovers et surtout… entraînements de revers. Comme quoi, ça paie! En prolongations, Servette ne change pas sa ligne de conduite; à nouveau, les quatre qualités se mettent harmonieusement en place: tactique, technique, physique et mental. La différence se jouera finalement sur des détails. Et sur ce petit quelque chose d’indéfinissable, de propre au sport, de cruel et de simple: il n’y aura qu’un vainqueur, et quand deux équipes s’affrontent à un tel niveau, avec de telles ambitions, le résultat ne peut être que décevant pour le perdant. C’est la "loi du sport", un soupçon de chance, qui ont aujourd’hui manqué aux Grenat. Et qui ont consacré Rotweiss Wettingen champion de Suisse.
La déception est énorme, pour tous ceux qui jouent depuis si longtemps dans cette équipe, comme pour ceux qui y évoluent seulement depuis peu de temps. Pour les joueurs, le staff, comme pour les supporters, venus nombreux pousser leur équipe. Pour l’histoire de cette Première, comme pour l’histoire du club. Et pourtant, ce n’est pas un pas en avant que les Servettiens ont fait ce week-end; mais bien plusieurs pas, une énorme traversée, un saut par-dessus cette barrière que représentait la demi-finale. Et c’est pour cela que l’on retrouvera le Servette dans la course en titre l’année prochaine. Parce qu’une fois lancé, on n’arrête plus le Servette.
Pascal Zimmermann